L’effet pangolin

Hé bien voilà, on y est. On est dans la merde jusqu’au cou. On s’y attendait. La bonne nouvelle, c’est qu’on y est tous ensemble. On se sent moins seuls, comme ça. Des figures vont émerger, improbables, surprenantes. Certaines seront rassembleuses, imaginatives, exemplaires, tandis que d’autres seront cyniques et lamentables.

La mauvaise nouvelle, c’est qu’une majorité des états de la planète sont dirigés au mieux par des incompétents, au pire par des criminels corrompus. Ce qui laisse songeur, c’est que pour la plupart d’entre eux, ils ont été élus.

En résumé, nous n’écrivons plus l’histoire, nous ne l’étudions plus, nous sommes dedans. Nous la vivons, dans une de ses heures les plus fatidiques. Ce n’est pas fun. C’est effrayant, stressant. Si vous êtes confinés, comme c’est présentement le cas de plus de deux milliards d’humains, vous avez du temps pour réfléchir. Pourquoi pas, prendre du recul sur notre mode de vie. Inutile de se voiler la face : nous sommes responsables de ce qui arrive. Comprenez-moi, je ne vous accuse pas d’avoir bouffé du pangolin. Mais le fait est qu’une espèce menacée par la faute de l’homme, a déclenché une pandémie d’une ampleur inégalée et est en passe de détruire le système qui avait provoqué sa quasi extinction. C’est plutôt ironique. On peut n’y voir que la fatalité, un coup du sort. Mais souvenons-nous qu’avant que cette pandémie n’éclate, l’état de nos sociétés était décourageant. Repli sur soi, tensions identitaires, recul des libertés individuelles, désastre climatique, exctinctions de masse, destruction des services publics, inégalités sociales, guerres et terrorisme nous plongeaient dans la morosité, qu’aucun gadget et aucune série TV ne parvenait à soigner. Les pays industrialisés étaient les plus gros consommateurs d’anxiolytiques et d’antidépresseurs et affichaient des taux de suicide qui ridiculiseraient n’importe quel coronavirus.

Elargissons notre cadre de pensée. Peut-être que le covid-19 est un anticorps. Dirigé contre nous. Peut-être que c’est la planète qui se défend. Depuis la pandémie, la pollution recule de manière spectaculaire, le réchauffement s’est arrêté, et les animaux investissent les villes. On sait que les végétaux communiquent entre eux et ques les animaux sont doués d’émotions. Est-ce que ce serait si ridicule que cela, d’imaginer que notre planète pourait être dotée d’un instinct de survie ? Est-ce que nous n’avons pas poussé le bouchon trop loin, sans avoir jamais montré de réelle volonté de corriger le tir ?

Mais bien que redoutable, le Covid-19 nous laisse une chance : il nous rappelle pourquoi nous avons besoin de services publics, pourquoi nous avons besoin de solidarité, pourquoi nous avons besoin de repenser notre place sur la planète et notre cohabitation avec les autres espèces. Il nous met face à nous même, sans possibilité de tricher. Ceux qui font habituellement tourner le monde, financiers, traders, speculateurs, ne servent à rien. Ils sont inutiles. Ils ne sauveront personne, ne répareront rien. Ceux qui vont vous sauver, ce sont les chercheurs, les médecins, les soignants. Des livreurs sont là pour vous amener de la bouffe et des produits de première nécessité. Des caissières sont à leur poste. Des éboueurs nous évitent de surajouter une épidémie de choléra par-dessus le marché. C’est la revanche d’une catégorie de population qui était souvent méprisée, ignorée, regardée avec condescendance. Des gens qui savent que l’argent n’achète pas tout. Nous avons maintenant la possibilité de nous calmer, de redonner du sens à nos actions, de redéfinir collectivement notre mode de vie. Et pourquoi pas, si l’on est optimiste, d’imaginer un monde post covid qui sera plus juste, plus équilibré, plus solidaire.

Parce que j’en suis persuadé : le monde qui vient n’aura plus jamais le même visage. Nos enfants ne connaîtront jamais la vie que nous avions, notre insouciance quasi criminelle, nos loisirs en surabondance, nos trips en avion le temps d’un week end, l’achat compulsif de produits fabriqués en chine remisés après deux jours d’utilisation, et envoyés pourrir sur une plage de Singapour. Pour ceux d’entre nous qui en avaient les moyens, du moins. Une partie de la population, tous les laissés pour compte, n’y avaient de toute façon pas accès. Et les trois-quart de la planète n’avait pas même accès aux soins de base.

Profitons du temps qu’on nous donne (si vous en avez la chance), ce temps qu’on ne prend jamais, pour faire le point et dessiner les contours de ce nouveau monde. Soyez certains que d’autres y pensent déjà. Certains y pensent depuis longtemps. Certains voient le covid-19 comme une opportunité, non de changer de paradigme, mais de le renforcer. De rétablir l’ancien monde comme on rallumerait le courant, mais dans une version amplifiée : davantage d’inégalités, moins de libertés, davantage de repli sur soi, une exploitation accélérée de ce qui reste de la planète, des déséquilibres encore plus grand, l’établissement d’une dictature planétaire 2.0. Personne ne peut souhaiter cela, à part les 1% de cinglés qui nous ont menés dans le mur, mis face à notre destin, et qui vous prouvent aujourd’hui qu’ils sont incapables de gérer les crises importantes.

On peut voir le Covid-19 comme une catastrophe (c’est le cas). Mais je pars du principe que les choses peuvent toujours être pires. Le Covid-19 ne va pas éteindre l’espèce humaine. Mais posez-vous la question : et si ce n’était qu’un avertissement ?

11 commentaires sur “L’effet pangolin

  1. Bravo Emmanuel, tellement bien écrit, comme vos livres que j’ai tous lu et appréciés ! Espérons que ce beau texte ne sera pas vite oublié et que les hommes seront un peu plus raisonnables, mais ça ?

    1. Merci infiniment Marie-Claire ! Il faut croire à la victoire, non seulement face au coronavirus, mais face à ce qui nous a menés là. Oui, nous sommes en guerre, c’est la grande guerre de notre génération. Mais ce n’est pas celle à laquelle pense Macron. Puisque le sujet vous intéresse, l’écrivain, historien et philosophe Yuval Noah Harari a écrit un excellent article : https://www.letemps.ch/monde/monde-apres-coronavirus-yuval-noah-harari?utm_source=facebook&fbclid=IwAR3fA1Q4vRQDZP54uyEMCL3t4YAhqFHm3XoTpL61H4kekvUtWSXct4qMc5U

  2. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire un de tes livres car je suis une éternelle optimiste et ta vision si réelle des choses me fait peur je dois l’avouer mais quel talent !!!! Tu es un véritable artiste honnêtement et je regrette maintenant de ne pas avoir acheter tous tes livres avant que vous ne partiez pour que tu puisses me les dédicacer . Bonne continuation, tu excelles dans tes 2 métiers cher Manu !! Bises

    1. C’est bien trop de compliments Elodie. En tout cas pour les jeux de plateau je ne fais pas le poids ! lol Pour mes bouquins je te les dédicacerai quand je repasserai en Bretagne. 🙂

      1. Ahah, un domaine où j’excellerai davantage que toi… Coooool, ça ne sauve pas des gens mais je prends qd même. Donne moi ton conseil poyr savoir lequel de tes livres je dois attaquer en 1er… Peut être le moins noir… Comme je t’avais dit je ne suis pas adepte normalement de ce style mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis….

        1. Passer un bon moment entre amis, autour d’un bon jeu, ça sauve des vies crois-moi ! 🙂 Concernant la lecture, je ne peux que te conseiller Répliques. Il est davantage axé aventure / enquête, alors que mes autres romans sont beaucoup plus sombres.

  3. Emmanuel Delporte.
    Bonjour.
    Un article sur le même sujet sur planète reporterre journal indépendant. Et Mediapart.
    Se genre pourrai bien arrivé chez nous en France, avec le modèle agricole, pollueur, et aussi le milieux de la chasse.
    Pollution surpatura par les ovins en zone de montagne, les agriculteurs profite pour balancez leur merde de lisié et des tonnes d’azote.

    Une émission sur le sujet à France inter, la terre au carré.

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