Ce monde, mon monde, année 2020

Comme c’est l’usage, je vous souhaite à tous et toutes une excellente année 2020 ! Le bonheur, la réussite, la santé, tout ce qui vous fait plaisir. Prenez, c’est gratuit ! Oublions un instant les errances de Trump, le réchauffement climatique, les incendies, les politiciens corrompus au service de lobbys corrupteurs, et ce sentiment toujours plus prégnant d’être les figurants d’une dystopie hardcore qui va très mal se terminer.

Je fais partie de ceux qui considèrent que les auteurs et artistes ont un rôle de premier plan à jouer lorsque la situation intellectuelle de l’humanité touche le fond. Il est de leur devoir de monter en première ligne et de tout faire pour remonter le niveau. Ok, je peux écrire toutes les tribunes que je veux sur ce blog, je ne changerai pas grand chose, et je le sais bien. A quoi bon, alors ? Parce que je ne baisse pas les bras. Parce que j’ai un poster de Don Quichotte à côté de mon ordi (en fait non, mais ça serait classe). Parce que je suis à demi cinglé. Parce que ça me défoule. Pendant que les médias acclament des violeurs en série, des intellectuels à côté de leurs pompes ou des écrivain(e)s de merde, il y a toute une armée de l’ombre qui s’époumone dans le vent et qui écrit en silence. Des écrivains qui n’ont ni auditeurs, ni lecteurs. Je suis arrivé à un point de ma non-carrière littéraire où je ne cherche même plus un illusoire succès. Je n’ai en somme jamais été aussi prêt d’effleurer cette liberté qui était mon objectif lorsque je couchai des mots sur papier et les forçai comme une brute. Mon indépendance financière fait que je n’ai de comptes à rendre à personne, pas plus que je n’ai besoin de me mettre à genoux. Le résultat est éoloquent : six ans de travail acharné ne m’ont pas mené très loin. Je n’existe presque pas sur la carte de la littérature Française, que ce soit sur celle générale ou sur celle de l’imaginaire. Ça ne me blesse pas (plus) vraiment. Je vous le dis, je suis passé à autre chose. S’il faut sucer les boules du ministère de la défense pour gagner sa vie, j’aime autant faire la gueule dans mon coin.

Parce que l’année 2019 m’a appris beaucoup. C’est donc une année réussie. J’ai notamment appris sur le milieu de l’art en général et sur celui de la littérature en particulier. Quand je vois la situation effarante et effrayante de mes collègues d’écriture, ça ne m’incite pas à devenir écrivain à temps plein. Parce que c’est un métier si précaire et si instable que si vous voulez vraiment en vivre, il faut faire un tas de compromis et prendre des postures hypocrites et/ou de soumission qui mènent inévitablement à l’entre soi, aux rapports de domination et finalement à la tyrannie. Pourquoi croyez-vous qu’il y a autant de prédateurs sexuels dans les milieux de l’art ? Et encore, dites vous bien que ce n’est que la partie visible de cet icerberg qui en fondant, dévoile un peu de ces mécanismes du pouvoir qu’on retrouve dès lors que quelqu’un a besoin de quelqu’un d’autre pour lancer sa carrière.

Je ne suis pas en train de vous dire que je vais cesser d’écrire. Mais je vais choisir avec qui je travaille. Les six dernières années, j’ai bossé comme un dingue et produit un nombre de textes plutôt respectable. Mes nouvelles ont certes été publiées, mais peu d’entre elles ont provoqué autre chose qu’un intérêt poli, et trop peu de mes romans ont déclenché un véritable enthousiasme. Peut-être Stalingrad a-t-il su toucher quelques lecteurs. Mais je ne toucherai jamais mes droits d’auteur sur ce roman, par exemple. Ils n’auraient pas changé mon existence, je vous rassure. Si je mets de côté Répliques dont je ne sais pas encore combien d’exemplaires ont été vendus, j’ai dû vendre à tout casser, tout confondu, moins de 500 exemplaires de la totalité de mes romans publiés. C’est une blague. Je n’ai plus la prétention, et je n’ai pas la légitimité de me prétendre écrivain. Disons que je suis quelqu’un qui écrit. Et c’est déjà bien.

Je ne veux pas chercher les pourquoi et les comment. Je suis fier de la plupart de mes écrits, et je reste persuadé que Le syndrome d’Icare est une oeuvre marquante. Peut-être trop dure, trop hardcore pour être acceptée ou comprise, mais ce texte n’a rien à envier à beaucoup de romans qui n’ont ni rage, ni souffrance entre leurs lignes, seulement la volonté de ne fâcher personne. En tant qu’écrivain, je veux fâcher tout le monde. C’est sans doute pour ça que ma carrière n’a pas décollé.

Peut-être également parce qu’étant méfiant par nature, de ma propre naïveté surtout, je me tiens à l’écart du milieu et ne fais que peu de salons et de rencontres. Je ne suis pas un vendeur de poissons, et les rencontres où tout le monde se sourit pour mieux s’assassiner dans le dos, c’est pas mon truc. Je dois bien admettre que j’ai à demi sabordé la sortie de Répliques en me tirant de l’autre côté de l’océan au moment de sa sortie. J’aurais sans doute mieux assuré la promo du livre en restant en France. Mais le choix de partir découlait de convictions profondes et du constat énuméré plus haut. Look at the big picture, my friend.

Ah, et l’idée de changer le nom de mon blog n’était sans doute pas très bonne. je suis passé de 2000 visiteurs par mois à 200. Mais ceci dit, ces 2000 lecteurs n’achetaient pas mes bouquins, alors bon.

Je vais donc mener les projets qui m’intéressent, au rythme qui m’ira, avec les gens que je choisis. J’ai participé à l’appel à textes de La Volte pour Demain la santé, leur anthologie qui reprend le principe de Demain le travail, qui reste pour l’instant ma plus grande fierté. Deux de mes nouvelles vont sortir chez Rivière Blanche, dans des anthologies menées par quelqu’un que j’aime bien, au côté d’auteurs que j’apprécie. Je vais sans doute poursuivre la grande aventure du Styx entamée avec Répliques, c’est encore nébuleux mais il y a des chances que ça se fasse. J’ai décroché un contrat de publication au Canada pour un roman jeunesse (sortie prévue en 2021). C’est un petit éditeur, mais ça me convient, le deal semble clair, on verra ce que ça donne en pratique. Et puis, je vais tenter de faire publier mes chroniques infirmières. Parce qu’il y a tant à dire sur l’hôpital et sur le modèle social qu’il représente, et qui est aujourd’hui plus que jamais en danger. Parce que j’ai redécouvert ce métier au Canada, et que ce n’est que grâce à ce nouveau départ que je me suis rendu compte que j’étais en quasi burn out.

Ni regrets, ni remords, et regardons vers l’avant. Le passé est très bien où il est.

Prenez soin de vous et de ceux que vous aimez. Fuyez tous ces gens toxiques qui vous empoisonnent la vie. Votre existence vous appartient, et il ne tient qu’à vous de suivre les rêves que vous choisissez. Bonne année 2020.

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