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J’écris ce billet suite à une discussion avec une amie, qui ne fut pas la seule à m’étonner par la manière dont elle imaginait ma carrière d’auteur. En effet, elle me demandait pourquoi je travaillais toujours à l’hôpital et ne me consacrais pas à temps plein à l’écriture. Vous semblez être quelques un(e)s à penser que c’est un choix de ma part et que c’est une manière pour moi de trouver de l’inspiration, ou de rester connecté au monde des hommes, ou que sais-je encore.

La réalité est bien moins romantique : je travaille toujours à l’hôpital car je ne gagne pas ma vie comme auteur (loin de là). Ça n’enlève rien à la fierté que j’éprouve à exercer le métier d’infirmier, et ça ne dévalue pas l’immense respect que j’ai pour les soignant(e)s. Mais il faut parfois regarder en soi-même et admettre ce que l’on est. Que vous lisiez cela en tant qu’ami(e), écrivain en quête de conseils ou comme simple curieux, sachez que j’ai beau avoir écrit une douzaine de romans et une trentaine de nouvelles, sans compter une multitude d’articles et de chroniques, je ne gagne presque rien. J’imagine et j’espère que ça changera un peu avec Répliques, mais il ne faut pas se leurrer : 600 romans sortent en même temps et je suis inconnu du grand public. Je ne vous dévoilerai ni les objectifs de mon éditeur, ni les miens, mais je peux vous révéler que même en les atteignant, ça ne changera pas ma vie.

Oui, parce que je peux vous l’avouer, maintenant : ça a toujours été mon objectif, mon plan machiavélique. Je pouvais me mentir ou vous le cacher, mais je n’y arrive plus. Il paraît que c’est mal vu d’être ambitieux, dans ce pays. Je parie plutôt sur le fait que si mes écrits permettent à des lecteurs / lectrices de s’évader un instant de leur quotidien, de trembler, de frissonner, ou encore mieux, de s’interroger sur le sens et la nature de nos existences (je suis ambitieux, je vous dis !), alors ça signifie que j’ai créé quelque chose de valable et qu’il est logique que j’en retire un bénéfice. Or, écrire ne suffit pas pour vivre de l’écriture. C’est un constat implacable, qui n’est pas récent (Maupassant et tant d’autres tiraient la même conclusion) mais qui va en s’aggravant. Vous pouvez suivre les infos et actions de la Ligue des auteurs professionnels si vous vous voulez en savoir plus, mais comprenez bien qu’un(e) auteur(e), s’il touche 10% de droits d’auteur sur chaque livre vendu, peut s’estimer heureux (moi je suis heureux, par exemple). Il n’existe pas de statut d’intermittent de l’écriture, aucune aide d’aucune sorte. Peu importe ce que vous écrivez, en qualité ou en quantité, il n’y a pas de rapport direct entre votre production et vos gains. Citez-moi une seule activité qui fonctionne ainsi ? Vous pourrez chercher longtemps, moi, je n’en vois aucune.

Ce chiffre concerne les auteurs de BD mais je soupçonne que ce soit pire pour les auteurs de romans et nouvelles

“Oui, mais c’est ta passion !” Éternelle ritournelle qui agace l’auteur(e) et que je vous invite à ne pas employer en sa présence ! Ce qui est passionnant, c’est de créer, façonner de la matière brute, partir d’une page blanche pour aboutir à quelque chose de cohérent. Relire la même phrase cent-vingt fois (ou davantage) n’a rien de passionnant, je vous assure. Vous astreindre à quelque chose qui n’est pas très agréable et qui fait vivre des gens, ça ressemble quand même à un travail, vous ne trouvez pas ? Parce que sans auteur, il n’y aurait pas d’éditeur, pas d’imprimeur, pas de diffuseur, pas de libraire, pas de bibliothécaire, pas de documentaliste, pas d’illustrateur. C’est toujours bon de le rappeler. Voici quelques chiffres pour étayer mon propos : 82.313 titres ont été produits en 2018, dont 67.942 nouveautés, pour un tirage moyen de 4.994 exemplaires. Il y avait 783.260 titres disponibles référencés à cette période ! Le chiffre d’affaire des éditeurs s’élevait à 2.670 millions d’euros et ils ont versé 466.8 millions de droits d’auteur (soit 11% du CA). Toujours en 2018, il y avait 101.600 auteurs, qui faisaient vivre 13.310 salariés de l’édition et 10.240 salariés du commerce de détail.

Source : Syndicat National de l’Edition

Source : Chiffres du ministère de la culture

Si l’on dépasse le seul secteur de l’édition, un rapport commun des ministères de l’économie et de la culture publié en 2014 révélait que la culture contribuait à hauteur de 57.8 milliards d’euros au PIB, soit 3.2%. 7 fois plus que l’industrie automobile ! Les entreprises culturelles employaient à cette période 670 000 personnes, 2.5% de l’emploi en France.

Source : Article paru sur La tribune en janvier 2014

Qu’est-ce qu’il faut retenir de ces chiffres ? Que la culture n’est pas une activité marginale et secondaire sur un strict plan économique. Que de l’argent, il y en a. Et que les auteurs sont un maillon indispensable. Il faut également en déduire qu’entre Guillaume Musso, qui a vendu 590 000 exemplaires d’Un appartement à Paris et votre serviteur ici présent, qui a vendu à peine 50 exemplaires de Biocide, il y a un gouffre de la taille du Grand canyon. Et que ce gouffre ne peut pas s’expliquer par la seule qualité littéraire des textes proposés. Guillaume Musso est sans doute un très bon écrivain (je ne l’ai jamais lu), mais je ne peux quand même pas être mauvais à ce point ! Sinon, ça fait longtemps qu’on me l’aurait dit et que j’aurais laissé tomber l’écriture. Lorsque J.K. Rowling est enfin parvenue à faire publier Harry Potter à l’école des sorciers, après avoir essuyé des dizaines de refus, le premier tirage s’élevait à 500 (ou 1000, selon les sources) exemplaires. Elle a depuis vendu plus de 450 millions de livres. La qualité seule de ses romans ne peut l’expliquer.

L’usage de la magie est-il indispensable pour gagner sa vie en tant qu’auteur(e) ?

Ami(e), apprenti auteur(e), voici ce qui se passe lorsque l’on termine un roman (excepté dans le cas où l’auteur(e) se lance dans l’auto-édition, mais c’est un sujet à part) : on l’envoie à des éditeurs et on attend. Longtemps. A moins d’avoir de la chance (ça arrive), on va faire ça plusieurs fois, parfois pendant quelques mois, parfois pendant quelques années, parfois pendant quelques décennies. Envoyer, attendre, recevoir une lettre de refus (ou pas, d’ailleurs, de plus en plus d’éditeurs n’ont plus le temps pour ça), recommencer, et dans l’intervalle, on va écrire d’autres romans et corriger ceux qui ont été refusés, et poursuivre ce cycle sans fin en essayant de ne pas sombrer dans la dépression et/ou l’alcoolisme. Sur la douzaine de romans que j’ai écrits, j’ai réussi à en faire publier quatre. Deux ne sont plus disponibles car leurs éditeurs ont coulé (je n’ai jamais touché mes droits d’auteur pour l’un d’entre eux) et le troisième ne se vend pas. Répliques est ma petite lueur d’espoir, la lumière qui brille en haut de la caverne où je rampe comme une misérable larve. (Si vous vous demandez où sont mes autres romans, ils font toujours la navette entre les comités de lecture et mon ordinateur.) Pour parvenir à m’en sortir, il n’y a qu’une solution : vendre. Vendre. Vendre.

Comprenez une chose : le but n’est pas de gagner plein de fric pour s’acheter une Ferrari et une grosse baraque, et chier sur la gueule du reste du monde. Des rêves de connard, tout le monde peut en avoir. Le but est de gagner un salaire décent en se réalisant, en faisant ce qui nous fait vibrer, en entretenant ce feu que l’on sent en soi. Prendre sa part de rêve et en faire sa vie. Montrer à ses enfants qu’il faut croire en soi et que nos beaux discours ne sont pas que de la poudre aux yeux.

Vendre un roman demande deux éléments essentiels : que votre livre soit disponible et que les gens en entendent parler. La disponible dépend de votre éditeur. C’est lui qui démarche les diffuseurs, qui décide du tirage et qui envoie le livre aux points de vente. La première étape, c’est que le roman soit en rayons, visible. Mais comment faire pour que le lecteur / la lectrice potentiel le choisisse lui, plutôt qu’un autre ? C’est là qu’intervient le marketing. Là aussi, l’éditeur joue un rôle primordial : c’est lui qui contacte la presse, les bloggueur(se)s, les gens influent(e)s, les critiques, les libraires. Mais l’auteur joue aussi un rôle de premier plan. Il doit faire parler de son livre et faire parler de lui, en utilisant les médias à sa portée. Moi, par exemple, j’utilise les réseaux sociaux et ce site Internet.

Et c’est là que vous intervenez, mes bons ami(e)s. C’est maintenant que je vous sollicite, et que je vous demande de vous investir encore plus. Si j’ai réussi à faire publier Répliques, c’est parce que j’ai bénéficié de votre soutien. Sans vous, j’aurais baissé les bras. Mais je vous demande de m’aider encore, et d’aider tous les auteur(e)s que vous appréciez. Rassurez-vous, je ne lance pas de campagne de financement participative (si un mécène croit en moi, je suis joignable), mais un peu de votre temps. Pour que Répliques se vende et fasse parler de lui, pour que je comble un peu la distance qui me sépare de mon objectif, j’ai besoin de vous. Vous êtes indispensables ! Parlez-en autour de vous, conseillez-le à vos amis, à votre famille, à vos collègues, proposez-le aux bibliothèques, rédigez des avis sur Amazon (qu’on le veuille ou non, qu’on aime ou pas, Amazon est incontournable) ou sur d’autres plateformes, faites-le vivre, faites le exister. Une mauvaise critique peut suffire à tueur un roman, deux ans de travail, et beaucoup d’espoirs.

Si vous ne comprenez pas pourquoi un(e) auteur(e) est sujet à la déprime…

Pourquoi feriez-vous tout cela, me demandez-vous ? Parce que vous croyez en moi, parce que vous aimez ce que j’écris, parce que vous trouvez que même si Répliques n’est pas au niveau de Guillaume Musso, il mérite d’être connu, parce que vous voulez lire d’autres romans de moi et peut-être (soyons fous et ambitieux !) parce que vous avez adoré Ellis Dawn et le Styx, et que vous aimeriez savoir ce que je vous réserve pour la suite. Vous ne le saurez que si ce premier volume remplit les objectifs de mon éditeur. Ecrire est un métier, et comme dans tout métier, si vous n’êtes pas performant, un autre prendra votre place.

Que vous soyez un(e) ami(e) de longue date, un camarade d’écriture, un collègue, une connaissance, ou simplement un(e) lecteur qui apprécie mes écrits, vous avez de l’influence. Aidez et soutenez les auteur(e)s que vous aimez !

Vous pouvez trouver Répliques dans les FNAC, en librairies ou sur Internet.

Sur le site de la FNAC

Sur le site d’Amazon

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