Répliques : Genèse

Et voilà, les vacances se terminent pour la plupart d’entre nous. Ici à Montréal, la rentrée scolaire a déjà eu lieu (c’était mercredi dernier). Mais cette rentrée n’a pas que des mauvais côtés. La plupart des parents approuveront ce message, j’en suis sûr.

Qui dit rentrée dit également rentrée littéraire, dit tombereau de nouveaux romans. L’intérêt de cet article est donc de vous présenter mon dernier titre, parce qu’il faut bien le vendre si je veux continuer à rêver et à vous faire rêver.

Répliques sort le 5 septembre 2019 aux éditions Critic, et il représente beaucoup pour moi. Il est à la fois un achèvement et un début. Il concrétise une vingtaine d’années de travail, d’échecs, de persévérance, et marque le départ – je l’espère – d’une longue odyssée : l’aventure du Styx. Car Répliques et un thriller qui met en scène un protagoniste principal : Ellis Dawn, ex Navy SEALS, mais dévoile aussi l’organisation occulte qui se déploie derrière lui, nichée dans sa base secrète du Nevada, et qui s’appelle le Styx.

Je vous en dévoilerai un peu plus sur cette agence para militaire (et para plein d’autres choses) au fur et à mesure de mes futurs romans. S’il y en a. Aujourd’hui, je souhaite vous présenter la genèse de ce récit et d’Ellis Dawn.

Tout a commencé il y a 5 ans, lorsque j’écrivais des nouvelles pour mon recueil Aux douze coups de minuit. J’avais envie d’écrire un texte plus fun que les autres, un peu décalé, avec un ton grinçant. J’ai imaginé un personnage principal, ex militaire cynique et désabusé, qui serait employé contre son gré par une agence occulte, chargée de traquer les démons. Lorgnant avec jubilation du côté de Hellboy, American Vampire ou Men in black, fortement influencé par HP Lovecraft, celui qui s’appelait d’abord Ezequiel Derleth apparut dans ma nouvelle Amnésie, sous la forme d’un amateur de whisky balafré à mi-chemin entre Indian Jones, James Bond et Chuck Norris. En bref, un type bad ass. J’ai imaginé en parallèle qu’il faisait partie d’une organisation tentaculaire et opaque, à la limite de la légalité, qui n’hésitait pas à mentir à tout un chacun pour préserver la santé mentale du commun des mortels mais surtout pour garder la main sur les secrets terrifiants et fascinants de puissances millénaires. Il m’est vite apparu que ce personnage et l’organisation qui l’employait recelaient un potentiel créatif foisonnant, et j’ai décidé de poursuivre leurs aventures, avec une autre nouvelle d’abord : Chasseur de monstres, parue dans le recueil Otherlands by Gaslight, puis dans mon roman Stalingrad, où celui qui portait encore le nom d’Ezequiel Derleth faisait une entrée remarquée dans la dernière partie du livre. (En compagnie d’autres personnages que je n’ai pas oublié non plus. L’un d’eux, le mystérieux Monsieur Oshi, joue un rôle de premier plan dans Répliques)

Stalingrad a été plutôt bien accueilli mais à la lecture des commentaires des lecteurs / lectrices, j’ai compris que le roman était déséquilibré à cause de la dernière partie. Elle était trop courte par rapport aux arcs narratifs que j’avais ouverts. En réalité, j’ai réalisé que je crevais d’envie d’écrire un roman sur ce soldat de l’ombre et sur le Styx. C’est ainsi que je me suis lancé pour de bon dans la création de l’univers qui aboutit à Répliques, avec la volonté de développer Ezequiel Derleth et de raconter son histoire.

Je ne sais pas vous, mais moi, j’adore les genèses. Voir un personnage se transformer, s’aguerrir, devenir autre chose. Que ce soit dans les figures de super héros (Spiderman, Iron man), de sportifs (Rocky, Invincible), de combattants des étoiles (Luke Skywalker) de héros de la résistance (Neo, Sarah Connor) ou de survivant (Hellen Ripley). Des personnages qui partent de bas mais qui triomphent de l’adversité pour se révéler. C’est la base du roman d’initiation. Vous remarquerez que je vous ai cité en exemples des héros américains de blockbuster. Evidemment, puisque Répliques se veut clairement un roman explosif, rythmé, qui lorgne sans complexe du côté des meilleurs films d’action des années 90, l’âge d’or des Tony Scott, John Mc Tiernan ou James Cameron. Ce sont ces trames et ces références que j’ai utilisé pour créer ce personnage. Il a changé de nom pour prendre une identité plus percutante, plus identifiable : Ellis Dawn. (vous remarquerez que les initiales d’Ezequiel Derleth, Ellis Dawn et moi-même sont identiques) Ce qui m’intéressait, c’était de placer le lecteur dans la même situation que lui : désorienté, ne sachant pas où il met les pieds, entraîné malgré lui dans une mission qui n’était pas censée être aussi dangereuse.

Pourquoi un héros américain ? Pourquoi ces références pop culture de l’ouest ? Je dirai simplement que j’ai baigné dans ces films et ces récits durant mon enfance et mon adolescence. L’Amérique du nord me fascine (c’est bien pour ça que j’y suis parti) et qu’on le veuille ou non, les USA restent à l’heure actuelle la plus grande superpuissance du monde. Son influence culturelle considérable offre des perspectives intéressantes en terme de reconnaissance par le lectorat. Il est tout simplement plus facile de faire naître des images dans l’imaginaire du lecteur / lectrice en utilisant ces références. L’histoire d’Ellis Dawn commence dans les hauteurs de l’Afghanistan, et je sais que la plupart des gens n’auront aucune peine à visualiser la scène, bien que très peu d’entre eux / elles y ont vraiment mis les pieds.

Ceux et celles qui me suivent depuis Stalingrad (ou avant) savent que je me documente toujours beaucoup pour donner à mes univers une assise solide. La réalité de notre monde est la base de mon processus créatif. Il en va de même pour imaginer un personnage de l’ampleur d’Ellis Dawn, qui est appelé à vivre de nombreuses aventures. J’ai donc lu et regardé une multitude de documentaires et de films sur les Navy SEALS, sur leur entraînement, leur vie, leur enfance. Ellis Dawn n’est pas qu’un soldat d’élite, dénué d’opinions et d’émotions. C’est aussi un homme brisé, hanté par son passé, qui a une longue histoire et qui est rongé par le doute.

La création du Styx est encore d’un autre niveau. Cette agence est si ancienne et si dense, ses ramifications si profondes, que je ne les connais pas encore toutes. L’essentiel, lorsqu’on manipule un tel objet narratif, est de faire en sorte qu’il ne vous pète pas à la figure. Son potentiel créatif est énorme, mais il peut aussi bien se retourner contre vous. Pour éviter ces écueils, je me suis là encore raccroché à la réalité, en potassant l’histoire des conflits militaires américains et leur aspect impérialiste. Le livre d’Edward Zinn Une histoire populaire de l’Empire américain fut ainsi d’une grande aide.

L’agence du Styx est le fruit des fantasmes qui mêlent peur et fascination pour la dernière véritable superpuissance du monde, à la fois gardienne des libertés et terrifiant spectre tyrannique et oppresseur, et qui me permet de jouer avec les théories du complot. En tant qu’outil créatif aux embranchements et possibilités multiples, il me semblait important de ne pas trop en dévoiler sur sa structure et son histoire. Pas encore. L’essentiel est de lui conférer une part d’ombre, insaisissable. A la fois parce que cela me permet de garder du carburant pour les futurs récits qui la mettront en scène, mais également parce que c’est le mystère et l’incertitude qui créent le suspense.

Pour en savoir plus sur le Styx et Ellis Dawn, je vous donne donc rendez-vous le 5 septembre. Vous pourrez trouver Répliques dans les Fnacs, librairies, sur Internet, ou directement à la source, chez Critic, 19 rue Hoche à Rennes.

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